Ce balado constitue la partie "action" de mon mémoire de maîtrise s'intitulant : La conception de catalogues raisonnés numériques : vers une méthodologie de recherche/production. Déposé en 2021, ce mémoire a été produit dans le contexte de la maîtrise en histoire de l'art de l'UQAM, sous la direction de Dominic Hardy. Les capsules vidéo présentées dans ce ballado sont le résultat d’entrevues réalisées à l’automne 2019 auprès d’intervenant.e.s du marché de l’art faisant usage de catalogues raisonnés : galeristes, conservateur, évaluateurs, auteurs, historien.n.e.s de l’art et artistes. Leurs témoignages permettent de mettre en évidence certains enjeux relatifs à l’authentification, à l’évaluation et à la recherche en histoire de l’art. Vous pouvez télécharger une présentation des intervenant.e.s en cliquant ICI.
Dans un premier temps, les intervenant.e.s présentent une DÉFINITION du catalogue raisonné, ce qu’il contient et les principaux usages qui en sont fait. Ensuite, les sections 2, 3 et 4 s’attardent respectivement aux aspects d’AUTHENTIFICATION, d’ÉVALUATION et de MÉDIATISATION d’œuvres d’art. Enfin, la section CAS DE FIGURE présente le point de vue de l'historien d'art François-Marc Gagnon au sujet du catalogue raisonné du peintre Paul-Émile Borduas, suivi du témoignage de Denyse Gérin, une artiste-peintre ayant entrepris de mettre en ligne son propre catalogue raisonné.
Je vous invite aussi à consulter les documents contenant les transcriptions des témoignages (PDF téléchargeables) car ceux-ci contiennent des compléments d'information utiles à l'usage des catalogues raisonnés, que ce soit dans le contexte du marché de l'art ou celui de la recherche académique. Vous y retrouvererez également les crédits photographiques pour chacune des images utilisées dans les capsules vidéo. Enfin, je tiens à remercier Alexandre Kozminski pour avoir amicalement consenti a prêter sa voix aux narrations introductives.
René St-Pierre, Ph.D.
1.1 Qu'est-ce qu'un catalogue raisonné? (version résumée)
Durée : 02:19
Selon l'Office québécois de la langue française, le catalogue raisonné est une publication qui recense et classe toutes les œuvres d'un artiste et qui fournit un ensemble détaillé de renseignements sur chacune de œuvres qui le compose.
Ajoutons à cela que le catalogue raisonné sert à différents usages et intérêts, selon que l'on soit collectionneur, galeriste, expert-évaluateur ou historien d'art. Les acteurs du marché de l'art s'en serve surtout pour authentifier des œuvres et documenter par exemple des catalogues de ventes aux enchères, alors que les chercheurs et historiens l'utiliseront plutôt comme un objet d'étude scientifique permettant de mieux comprendre comment la pratique d'un artiste a pu évoluer à travers l'espace et le temps.
Pour la recherche et l'analyse, on étudiera d'abord ce qui a été vu de l'œuvre, par exemples les expositions, les prestations publiques, etc. Et on s'attardera ensuite à ce que l'on a pu dire de cette œuvre, soit sa réception ou sa fortune critique ; deux termes désignant l'appréciation publique de l'œuvre.
1.2 Qu'est-ce qu'un catalogue raisonné? (version longue)
Durée : 11:14
00:05 - Jean-Pierre Valentin
Le galeriste Jean-Pierre Valentin nous explique en quelques mots comment le catalogue raisonné facilite le travail de recherche et de compréhension d'une œuvre.
00:40 -Simon Blais
Également galeriste, Simon Blais nous renseigne sur la manière dont il utilise le catalogue raisonné dans sa propre pratique, afin de mieux connaître, comparer et analyser une œuvre en vue d'en établir la crédibilité, voir son authenticité.
02:20 - Laurent Berniard
Commissaire-priseur à la maison d'enchères IEGOR, Laurent Berniard utilise également le catalogue raisonné comme outil d'authentification et de légitimisation. Toutefois, pour lui, c'est surtout l'émotion qui fait vendre une œuvre. En ce sens, l'analyse historienne, bien qu'elle soit utile dans le contexte d'expositions et de rétrospectives, demeure plutôt anecdotique et accessoire dans le contexte de la vente aux enchères.
04:50 - Ninon Gauthier
Historienne de l'art et sociologue, Ninon Gauthier travaille au catalogue raisonné du peintre automatiste Marcel Barbeau, un catalogue d'abord créé en format papier, puis en format numérique. Elle insiste sur la notion de croisement des informations et comment la base de données permet d'étendre de manière considérable l'analyse d'un corpus d'œuvres, de par les potentialités que l'environnement numérique procure.
07:30 - Paul Maréchal
Conservateur de la collection Power Corporation, une des plus importante collection d'art canadien constituée par une entreprise privée, Paul Maréchal est l'auteur de plusieurs catalogues raisonnés dédiés à l'étude de l'œuvre d'Andy Warhol. Pour lui, les catalogues d'exposition et les catalogues raisonnés sont des ouvrages scientifiques incontournables pour qui souhaite explorer en profondeur l'ensemble de la production d'un artiste.
2.1 Comment authentifier des œuvres d'art? (version résumée)
Durée : 02:30
2.2 Comment authentifier des œuvres d'art? (version longue)
Durée : 13:22
00:00 - Tania Pogionne
À la Maison d'enchères Heffel, la mise en vente d'une œuvre d'art requiert au préalable des vérifications rigoureuses quant à sa provenance. On cherchera donc à connaître l'historique de propriété, c'est-à-dire tout le chemin parcouru par l'œuvre, depuis sa sortie de l'atelier jusqu'au propriétaire actuel.
01:55 - Jean-Pierre Valentin
Dans certains cas, le marchand d'art se doit de consulter la personne ou l'organisation moralement ou légalement habilitée à authentifier les œuvres d'un artiste. Et cette demande d'expertise révèle parfois des pratiques d'affaires douteuses. Écoutons Jean-Pierre Valentin à ce sujet.
04:30 - Simon Blais
L'authentification d'une œuvre d'art requiert l'usage d'une grille d'analyse à plusieurs niveaux. Pour Simon Blais, cette grille s'applique aussi dans certains cas plus ou moins farfelus, comme l'exemple d'une œuvre importante retrouvée dans un grenier ou par hasard aux marché aux puces. Et parfois, certaines situations cocasses peuvent se présenter.
06:05 - Yseult Riopelle
En cas de doute, Yseult Riopelle est la seule personne officiellement habilitée à authentifier des œuvres produites par son père Jean Paul Riopelle. Avant d'émettre un avis, elle exige de voir l'œuvre de près et d'en connaître la provenance.
07:30 - Laurent Berniard
Qu'est-ce que qui fait mieux vendre une œuvre sur le marché de l'art ? Le commissaire priseur Laurent Berniard fait un survol rapide d'éléments permettant de légitimiser les œuvres mises en vente à l'enchère publique.
08:40 - Paul Maréchal
À l'instar d'autres branches d'authentification de fondations américaines d'artistes aussi connus que Jean-Michel Basquiat, Keith Haring ou Jackson Pollock, la Fondation Warhol a elle aussi cessé ses activités d'authentification suite à la menace de poursuites judiciaires à répétition. Paul Maréchal relate le cas très médiatisé de la Fondation Warhol et comment il est maintenant encore possible, dans ce contexte, de poursuivre le travail d'authentification des œuvres.
09:40 - Eric Devlin
Le catalogue raisonné est un ouvrage en constante évolution et son usage dans le marché de l'art n'échappe pas à certaines additions parfois étonnantes. Eric Devlin évoque ici le cas du célèbre faussaire Fernand Legros qui, après avoir peint une œuvre « à la manière de » Van Dongen, avait réussi à berner Van Dongen lui-même…
11:00 - Alain Lacoursière
Pour Alain Lacoursière, ex-policer spécialisé dans les enquêtes reliées au marché de l'art, l'expert qui a l'autorité morale pour l'authentification sera la personne ayant la plus été exposée à l'ensemble des œuvres d'un artiste. Mais dans certains cas, des avis contraires peuvent se faire entendre, ouvrant ainsi la voie à de potentielles contestations judiciaires.
2.3 Simon Blais - L'oeuvre rare provenant du marché aux puces...
Durée : 03:21
Bien qu'en général, on ne trouve rien de valable dans les marchés aux puces, Simon Blais nous dit qu'il est encore possible de dénicher très occasionnellement des trésors cachés. Il nous relate le cas d'une œuvre de Jean-Paul Jérôme retrouvée par un « picker ».
2.4.1 Eric Devlin - L'authentification d'oeuvres d'art (1/2)
Durée : 02:15
Dans ce premier extrait, Eric Devlin relate le cas de l'authentification d'une toile de Guido Molinari retrouvée en Louisane. Le galeriste nous raconte comment il a réussi à valider la provenance de l'œuvre.
2.4.2 Eric Devlin - L'authentification d'oeuvres d'art (2/2)
Durée : 02:56
Dans ce deuxième extrait, Eric Devlin relate deux anecdotes de début de carrière alors qu'on lui demande conseil à propos d'une œuvre sérigraphié d'Andy Warhol : la fameuse boite Brillo ainsi qu'à propos d'une œuvre du sculpteur français Arman.
2.5 Alain Lacoursière - L'authentification d'oeuvres d'art
Durée : 01:40
Faire une évaluation ne se fait pas sans risque. Dans cet extrait, Alain Lacoursière raconte comment il a du rembourser l'évaluation d'une œuvre faite à un client suite au refus d'une grande galerie de Montréal de la prendre en consignation. Pourtant, la provenance de l'œuvre semblait tout à fait valable...
2.6 Ninon Gauthier - L'authentification pour la recherche en histoire de l'art
Durée : 02:07
Historienne de l'art et sociologue, Ninon Gauthier raconte l'histoire d'un tableau ayant refait surface et explique pourquoi les découvertes issues des recherches en histoire de l'art permettent de mieux comprendre l'évolution d'une pratique artistique.
2.7 Tania Poggione - L'enrichissement du catalogue raisonné
Durée : 02:07
Le catalogue raisonné est un objet de recherche et de connaissance en perpétuelle évolution. Tania Pogionne nous explique comment le travail du marchand contribue à l'enrichissement du catalogue par l'ajout d'informations de provenance et d'authentification.
2.8 Yseult Riopelle - La genèse du catalogue raisonné de Jean Paul Riopelle
Durée : 04:20
Au tournant des années quatre-vingt, la contrefaçon des Riopelle était devenue si rependue qu'Yseult Riopelle décida d'entreprendre, pour protéger l'intégrité de l'ensemble de l'œuvre, la recherche, la rédaction et la publication du catalogue raisonné de l'artiste. Dans ce segment, elle explique la genèse du projet et relate quelques cas de figure permettant d'illustrer certaines problématiques liées à l'authentification, notamment en ce qui a trait à la datation des œuvres.
2.9 Paul Maréchal - Le cas de la Fondation Warhol
Durée : 07:05
À l'instar d'autres branches d'authentification de fondations américaines d'artistes aussi connus que Jean-Michel Basquiat, Keith Haring ou Jackson Pollock, la Fondation Warhol a elle aussi cessé ses activités d'authentification suite à la menace de poursuites judiciaires à répétition. Paul Maréchal relate le cas très médiatisé de la Fondation Warhol et comment il est maintenant encore possible, dans ce contexte, de poursuivre le travail d'authentification des œuvres.
3.1 Comment peut-on évaluer la valeur d'une œuvre? (version résumée)
Durée : 02:43
3.2 Comment peut-on évaluer la valeur d'une œuvre? (version longue)
Durée : 17:30
00:00 - Eric Devlin
Quelle est la valeur d'une œuvre d'art ? Comment la mesure-t-on et selon quels critères ? Un principe de base existe pourtant : la loi de l'offre et de la demande. Malgré cela, on observe souvent, pour le même artiste, de grandes disparités dans les résultats des ventes en galerie, des ventes aux enchères et des ventes privées. Écoutons le galeriste Eric Devlin relater quelques exemples de ventes ou d'évaluations d'œuvres produites par des artistes québécois célèbres.
03:40 - Jean-Pierre Valentin
Pour le galeriste Jean-Pierre Valentin, c'est un ensemble de facteurs qu'il faut examiner pour déterminer la juste valeur marchande d'une œuvre. Quels sont d'abord les critères esthétiques et historiques pouvant influencer la valeur d'une œuvre ? Et puis on doit inévitablement tenir compte du marché de l'art... Car les disparités des prix obtenus entre les ventes aux enchères, les ventes en galerie et les ventes privées, font en sorte qu'il y aura nécessairement une interprétation à faire.
06:30 - Simon Blais
Quelle est la juste valeur marchande d'une œuvre ? Selon l'Agence de revenu du Canada, la juste valeur marchande désigne généralement le prix le plus élevé que rapporterait un bien sur le marché libre entre un acheteur et un vendeur, tous les deux bien informés et agissant indépendamment l'un de l'autre. Le galeriste Simon Blais nous donne un exemple bien concret qui reprend cette définition générique.
09:45 - Alain Lacoursière
Pour Alain Lacoursière, à l'instar de la plupart des évaluateurs, la juste valeur marchande d'une œuvre s'établie sur la base de comparables de ventes. Mais l'évaluateur professionnel évolue dans un domaine hautement compétitif où il peut souvent y avoir apparence de conflit d'intérêts.
11:45 - Ninon Gauthier
"Je pense qu'il y a peut-être un côté pervers, à la Commission des biens culturels, qui serait que ça peut permettre de hausser énormément certains prix artificiellement, et puis avoir un impact négatif sur le marché d'autres artistes."
12:40 - Laurent Berniard
Selon Laurent Berniard, commissaire-priseur à la maison d'enchères IEGOR, l'évaluation demeure, par définition, une science inexacte. Il fait une nette distinction entre la juste valeur marchande, souvent utilisée pour fins d'assurance ou de dons à un musée et la valeur de réalisation, soit celle obtenue dans un marché libre où l'offre et la demande établissent la réelle valeur de quelque chose. Lorsqu'on lui demande quelle est, selon lui, la valeur d'une œuvre, il aime à dire qu'on pourra voir ça après la vente.
3.3 Simon Blais - L'évaluation de la juste valeur marchande
Durée : 03:54
Comment explique-t-on la valeur d'une œuvre d'art ? Cela pourrait se résumer à dire que c'est le prix qu'un acheteur est prêt à payer pour l'acquérir, selon l'offre et la demande. Or, c'est souvent le galeriste, de par sa connaissance du marché de l'art, qui est le plus à même de situer l'acheteur par rapport à l'opportunité de faire un bon achat. Car dans plusieurs cas, il s'agit d'un investissement qui prendra de la valeur.
3.4 Alain Lacoursière - L'évaluation de la juste valeur marchande
Durée : 03:34
L'évaluation de la juste valeur marchande doit se faire selon des critères objectifs, par exemple en référant à des comparables de ventes réelles, de dons à des musées, etc. L'évaluation se fait aussi notamment selon des calculs précis prenant en considération la mesure linéaire, en centimètre ou en pouces, laquelle fera hausser progressivement la valeur d'une œuvre, selon sa dimension relative.
3.5 Eric Devlin - L'évaluation et la récurrence des comparables
Durée : 05:27
Pour le galeriste Eric Devlin, l'évaluation d'un œuvre se fait évidemment sur la base de comparables, mais il doit toutefois y avoir une certaine récurrence et l'analyse du marché doit clairement démontrer qu'il y a répétition dans les résultats de vente.
4. L'influence de la médiatisation sur la valeur des oeuvres
Durée : 06:36
00:00 - Tania Pogionne
Directrice du bureau Montréalais de la maison d'enchères Heffel, Tania Poggione considère que la médiatisation d'une œuvre peut favorablement influencer les acheteurs au moment d'une vente. Par exemple, si l'œuvre a été exposée et reproduite dans le catalogue d'une exposition prestigieuse, cela peut créer un certain intérêt. En revanche, lorsqu'une œuvre est demeurée longtemps dans une collection privée et à l'abri de l'attention du marché, ce sera aussi très prisé des collectionneurs.
02:23 - Jean-Pierre Valentin
La provenance et l'historique sont des éléments importants qui peuvent influencer la vente d'une œuvre car l'acheteur veut savoir d'où elle provient, par où elle a voyagé et comment elle a été exposée. Une œuvre sans histoire, qui apparaît soudainement sur le marché, éveillera bien souvent le doute quant à son authenticité.
03:06 - Laurent Berniard
Les considérations de provenance et d'historique sont tout à fait nécessaires et pertinentes pour Laurent Berniard. En revanche, la littérature académique et scientifique entourant la création et la diffusion d'une œuvre aura pour lui une importance bien relative dans le marché de l'art, en l'occurrence celui des ventes aux enchères.
05:12 - Alain Lacoursière
Objectivement, qu'une œuvre ait été exposée dans un grand musée ou une grande galerie n'en fera pas augmenter la valeur. Car pour Alain Lacoursière, l'évaluation de la juste valeur marchande ne tient pas compte du facteur émotionnel lié à la médiatisation d'une œuvre. L'évaluation ne peut se fier que sur les données du marché.
5.1 François-Marc Gagnon
- Le catalogue raisonné Borduas
Durée : 18:10
Le 12 avril 2018, une rencontre avec l'historien d'art François-Marc Gagnon eut lieu à l'Institut de recherche en art canadien Gail et Stephen Jarislowsky. Cette rencontre fut l'occasion de faire le point au sujet de l'évolution du projet du catalogue raisonné du peintre Paul-Émile Borduas. Elle fut aussi l'occasion d'assister à l'une des dernières leçons magistrales de pédagogie du professeur Gagnon où il nous parle de Borduas, mais aussi de questions méthodologiques liées à la recherche et au marché de l'art. Une première question de Gilles Lapointe nous permet de mieux comprendre la genèse du projet du catalogue raisonné de Borduas.
5.2. Denyse Gérin - Artiste multidisciplinaire
Durée : 09:07
Pour Denyse Gérin, qui œuvre dans les arts visuels depuis le début des années 1960, il advient certains moments dans une carrière où l'artiste fait naturellement le bilan et se questionne au sujet de l'héritage culturel et symbolique qu'il ou elle laissera aux autres.
TRANSCRIPTION (adaptée par l'artiste)