Le rayonnement critique de Paul-Émile Borduas durant la période new-yorkaise
L'exil de Paul-Émile Borduas hors du Canada, d'abord à Provincetown et New York, de 1953 à 1955, puis à Paris, suscite une réception critique qui consacre son statut d'artiste d'avant-garde. La chronologie suivante rassemble les principaux jalons de cette fortune critique durant l'exil américain.
Janvier 1954 — Art Digest (New York)
Lors de sa première exposition individuelle à la Passedoit Gallery de New York, la critique américaine accueille Borduas de manière enthousiaste. La revue note que son œuvre « se classe parmi les efforts exceptionnels de nos propres expressionnistes abstraits » 1. Elle souligne la force, la clarté et la vitalité de ses œuvres, tout en relevant l'importance grandissante du blanc dans sa palette.
Janvier 1954 — La presse canadienne syndiquée
La presse canadienne rapporte une « semaine canadienne » sur la 57e Rue à New York, où Borduas, Riopelle et Roloff Beny exposent simultanément 2. Les critiques américains et canadiens soulignent que Borduas expose dans l'une des dix galeries les plus importantes de la métropole. En comparaison avec Riopelle, la critique note qu'il utilise des tons qui captent une « atmosphère de solitude étrange », s'adressant aux initiés par son symbolisme.
Février 1954 — L'Autorité (Montréal)
Sous le pseudonyme de François Bourgogne, Rodolphe de Repentigny consacre un reportage à l'exposition new-yorkaise de Borduas 3. Il déplore que l'événement n'ait pas été suffisamment souligné au Canada. Il qualifie cette exposition d'événement majeur montrant une œuvre en évolution, affirmant qu'elle « atteint à un degré de pureté plastique rarement vu dans l'histoire de l'art ». Dans ce même article, il rapporte les propos de Robert Motherwell, qui se serait exclamé lors du vernissage : « Le Courbet du XXe siècle ».
Avril 1954 — Vogue (New York)
Le magazine de mode consacre un article à trois artistes canadiens, dont Borduas, et reproduit certaines de ses œuvres, confirmant son intégration dans le paysage culturel de la métropole américaine 4.
Octobre 1954 — Réception de l'exposition En route à Montréal
L'impact de New York sur Borduas est débattu au pays 5. Des critiques comme Jean-René Ostiguy affirment que l'assimilation de l'expressionnisme abstrait permet à Borduas de « dépasser nettement celle de Jackson Pollock » grâce à l'équilibre entre l'esprit et l'automatisme. D'autres constatent que cette nouvelle forme est désormais mieux comprise à New York qu'à Montréal.
Juin 1955 — Arts Digest (New York)
Dorothy Gees Seckler publie un essai analytique sur Borduas 6. Elle s'émerveille qu'une « peinture aussi distinguée et autoritaire ait pu émerger du Canada français ». Elle analyse sa transition vers la spatule, l'éclatement de sa palette vers les blancs, et souligne qu'il a « accompli un espace révolutionnaire sans aires négatives... aspirant à l'infini ». Elle mentionne également que le Museum of Modern Art a fait l'acquisition de deux de ses œuvres.
1955 — Catalogue de la IIIe Biennale de São Paulo
Choisi pour représenter le Canada sur la scène internationale, Borduas bénéficie dans le catalogue d'une lecture critique qui souligne les fruits de son exil 7. Le commissaire R. H. Hubbard note qu'à New York, son art « est devenu plus léger et plus libre, bien que l'intensité des sentiments soit demeurée ».
Notes
- Anonyme. (1954, 1 janvier). 57th Street : Paul-Emile Borduas. Art Digest, 28, 16.↩︎
- Anonyme. (1954, 6 janvier). Biblical inspiration in Roloff Beny paintings. Medicine Hat News, 1 ; Anonyme. (1954, 7 janvier). Canadian art week: 3 painters have New York shows. Winnipeg Evening Tribune ; de Repentigny, R. (1954, 9 janvier). Borduas, Riopelle et Beny à N.-Y. La Presse.↩︎
- Bourgogne, F. [Rodolphe de Repentigny]. (1954, 6 février). Chez Borduas, à New-York et Exposition Borduas à la Galerie Passedoit. L'Autorité, 7.↩︎
- Anonyme. (1954, avril). Article sur le Canada discutant et reproduisant trois artistes dont Borduas. Vogue.↩︎
- Bourgogne, F. [Rodolphe de Repentigny]. (1954, 30 octobre). Méditation sur l'actualité de l'art à Montréal. L'Autorité, 6.↩︎
- Seckler, D. G. (1955, 1 juin). Paul-Emile Borduas. Arts Digest, 29(17), 8-10.↩︎
- Hubbard, R. H. (1955). Canadá. Dans III Bienal do Museu de Arte Moderna de São Paulo - Catálogo Geral (p. 93-96). Edições Americana de Arte e Arquitetura.↩︎
Bibliographie
- Anonyme. (1954, 1 janvier). 57th Street : Paul-Emile Borduas. Art Digest, 28, 16.
- Anonyme. (1954, avril). Article sur le Canada discutant et reproduisant trois artistes dont Borduas. Vogue.
- Anonyme. (1954, 6 janvier). Biblical inspiration in Roloff Beny paintings. Medicine Hat News.
- Anonyme. (1954, 7 janvier). Canadian art week: 3 painters have New York shows. Winnipeg Evening Tribune.
- Bourgogne, F. [Rodolphe de Repentigny]. (1954, 6 février). Chez Borduas, à New-York et Exposition Borduas à la Galerie Passedoit. L'Autorité.
- Bourgogne, F. [Rodolphe de Repentigny]. (1954, 30 octobre). Méditation sur l'actualité de l'art à Montréal. L'Autorité.
- de Repentigny, R. (1954, 9 janvier). Borduas, Riopelle et Beny à N.-Y. La Presse.
- Hubbard, R. H. (1955). Canadá. Dans III Bienal do Museu de Arte Moderna de São Paulo - Catálogo Geral.
- Seckler, D. G. (1955, 1 juin). Paul-Emile Borduas. Arts Digest, 29(17), 8-10.
